|
|
 |
|
.Piraterie - Le retour des pavillons noirs |
|
|
| Eric Frécon,
jeune chercheur de 27 ans et détenteur
du prix "jeune journaliste" de
la Fondation Hachette en 2001,
s'est attaqué dans son
dernier livre à un sujet
que la plupart des analystes géopolitiques
mettraient de côté
avec dédain: la piraterie
maritime. Il restreint qui plus
est son étude à
l'Asie du Sud-est. Et pourtant,
"Pavillon noir sur l'Asie du Sud-est"
est un ouvrage qui mérite
d'être parcouru, tant il
fourmille d'informations et d'anecdotes
sur un phénomène
peu connu en dehors d'un cercle
de spécialistes. |
| Le dernier
ouvrage publié par l'Institut
de Recherches sur l'Asie du Sud-est
contemporaine, Pavillon
noir sur l'Asie du Sud-Est,
s'intéresse de près
à la résurgence
de la piraterie maritime dans
la région. |
|
>> Eric Frécon nous fait d'abord
revivre les heures de gloire de la grande
piraterie maritime, celle des Barberousse
et Surcouf, celle aussi des personnages mystérieux
qui hantent les détroits malais et
les romans de Conrad. Il dresse une sociologie
de la piraterie, expliquant comment s'organisèrent,
autour de quelques communautés d'Asie
du Sud-est, de véritables économies
côtières basées sur le
rançonnement et le pillage. Aujourd'hui,
leurs héritiers sont plus pragmatiques,
plus invisibles et encore mieux organisés.
Certains d'entre eux, notamment les rebelles
musulmans du Sud des Philippines, ont conservé
de leurs ancêtres, les pirates Ilanun
de l'archipel des Sulu, la pratique de la
prise d'otages (souvenez-vous d'Abu Sayyaf
et des otages de Jolo en 1999).
L'Asie du Sud-est, en 1999 et en 2000, fut
le théâtre de plus de la moitié
des 300 puis 469 incidents recensés
dans le monde et qualifiés d'actes
de piraterie par le Bureau Maritime International
(BMI).
Les nouveaux pirates d'Asie, tels que décrits
par Eric Frécon, sont la parfaite image
de la géopolitique mouvante asiatique.
Ils symbolisent la gangrène souterraine
des mafias chinoises, dont certaines se spécialisent
dans l'arraisonnement puis le maquillage de
"bateaux fantômes" servant à
tous les trafics. On apprend ainsi que "certaines
matières premières, comme le
pétrole, le caoutchouc ou le zinc,
sont particulièrement visées
par ces rebelles des mers. La disparition
de navires et de cargaisons due à la
piraterie entraîne déjà
près de 200 millions de dollars de
pertes directes par an en Asie", affirme
le chercheur français.
Bien sûr, les Etats de la région,
dont les économies sont fragilisées
depuis la crise de 1997, n'entendent pas laisser
le phénomène se développer.
C'est là où s'entrelacent le
rôle et les ambitions régionales
du Japon, de la Chine, de l'Inde et de l'Asean,
puissance régionale en gestation. "Pour
ces acteurs du jeu diplomatique, la piraterie
est devenue un pion parmi d'autres sur l'échiquier
sud-est asiatique puisque sa gestion peut
provoquer autant le réchauffement de
certaines relations que d'éventuelles
tensions", analyse Eric Frécon.
Le chercheur cite ainsi le retour du Japon
-dont la flotte est très menacée
par la piraterie- sur la scène régionale
grâce à sa proposition de patrouilles
conjointes et d'un plan anti-pirates à
Tokyo en 2000. La Chine, de son côté,
a longtemps fait figure de mouton noir, accusée
de protéger des bandes pirates -liées
au militaires chinois?- agissant en mer de
Chine du Sud et trouvant refuge sur ses côtes.
"Pavillon noir sur l'Asie du Sud-est"
s'immisce ainsi, par le biais d'un sujet "aventureux",
dans les méandres de l'"Asean Way",
sur lequel un continent politique tente de
naître, entre les ambitions de ses voisins
géants et les orgueils nationaux qui
composent l'association régionale.
Les pays de l'Asean, face à la menace
pirate, se rendent compte de la nécessité
d'agir à une échelle supranationale
contre un phénomène qui menace
la stabilité de tous et la fragile
prospérité de certains -Singapour
et la Malaisie en premier lieu. Ce n'est pas
le moindre mérite de l'ouvrage d'Eric
Frécon de nous ouvrir les yeux sur
cette diplomatie souterraine. |
|
|
|
|
|
|